Le projet d’extension de l’hôtel du Galinier,
entre greenwashing et « architecture générale »
Qu’est-ce que le greenwashing ? « Eco-blanchiment » ou « verdissage » en français, c’est une méthode de marketing consistant à communiquer auprès du public en utilisant l’argument écologique pour améliorer son image.
Dans son livre « Mes convictions » qui vient de paraître, l’architecte Jean Nouvel, explique "Ce qui est arrivé comme catastrophe, c'est que maintenant, il n'y a plus d'architecture locale. Il y a une architecture générale. Et cette architecture, c'est la même dans le monde entier ».
Greenwashing et architecture générale voilà ce que nous propose le nouveau projet de l’hôtel du Galinier pour Lourmarin.
Lundi 23 juin a été votée au Conseil Municipal la révision allégée, permettant au Groupe Beaumier de construire l’extension de l’hôtel du Galinier. Le vote n’a pas été à l’unanimité, mais a compté 2 voix contre.
Le Maire a décidé de passer outre l’avis négatif du Commissaire Enquêteur de décembre 2022, considérant que le nouveau projet répondait aux réserves émises par celui-ci à savoir :
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« L’absence de réflexion globale à l’échelle communale relative à l’accueil touristique et aux nuisances associées, »
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« L’insuffisance du dossier présent quant aux constructions envisagées, aux surfaces de parking, aux accès, à l’alimentation en eau potable, à l’assainissement et aux impacts écologiques, »
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« Il paraît imprudent et prématuré de transformer une zone agricole du Plan Local d’Urbanisme en zone urbanisable. »
Pour l’instant, les seules informations dont nous disposons sont celles de la présentation de novembre 2024 faite par le Groupe Beaumier. Il faudra attendre le dépôt du permis de construire à l’automne pour avoir une idée du projet réel.
A ce jour, les éléments présentés en novembre 2024 ne répondent pas, selon VAL, aux réserves émises en 2022 :
1 : « L’absence de réflexion globale à l’échelle communale relative à l’accueil touristique et aux nuisances associées » :
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La saison commence à peine et le village ne semble pas souffrir d'un manque de touristes. Les habitants expriment plutôt leur saturation face à une situation tendue qui induit de nombreux désagréments notamment le bruit lié à l’activité événementielle de nombreux établissements du village. L’hôtel du Galinier sous son format actuel sonorise déjà l’ensemble d’un quartier très densément peuplé lors de fréquentes soirées.
Il commercialise déjà des événements (mariages, manifestations diverses) pour une jauge de 120 personnes. Qu’en sera-t-il avec les nouveaux bâtiments ? Seule la construction de 23 chambres supplémentaires est indiquée mais pas la jauge événementielle.
Qui peut croire que les mariages de personnes venant du bout du monde se dérouleront à l’intérieur d’une salle insonorisée en verre comme l’a présenté le Directeur Général du Groupe Beaumier ?
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Contrairement aux village alentours, la population de Lourmarin baisse chaque année. L'hôtel de la Fontaine, peine à voir le jour et avant même le début de son exploitation, plusieurs maisons sont à vendre dans son périmètre immédiat ! Cela donne un bon indicateur des craintes des voisins quant aux nuisances induites par son activité de bar et restaurant. Une réflexion globale de la Mairie n’a pas été menée sur les conséquences de l’exploitation de ces établissements « festifs » sur l’évolution du nombre d’habitants avec, comme corollaire, la survie de l’école et la capacité de remplir les futurs berceaux de la maison d’aide maternelle (12 places pour 6 naissances à Lourmarin en 2023).
2 : « L’insuffisance du dossier présent quant aux constructions envisagées, aux surfaces de parking, aux accès, à l’alimentation en eau potable, à l’assainissement et aux impacts écologiques, » :
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Les constructions envisagées dérogent totalement aux règles qui ont permis jusqu’à présent de garantir la cohérence architecturale du village et celle de son patrimoine paysagé. D’autant que le projet se situe dans le périmètre de protection des 500 mètres autour du Château de Lourmarin.
Pourquoi autoriser des constructions en semi-enterré dans un ensemble historique composé d’une bastide du 18ème s et d’un pigeonnier ancien à un groupe hôtelier puissant, alors que les habitants doivent eux se conformer aux règles du PLU ?
L’apport architectural d’un alignement de baies vitrées sous des monticules de terre ne se « fondent pas dans le paysage » comme l’affirme le Groupe Beaumier, mais infligent des décaissements très importants à un terrain peu pentu, avec des questions d’échelle au regard des esquisses présentées. Le modèle appliqué est celui d’une station de ski dans un paysage de montagne où le dénivelé nécessaire est naturel.

Des coupes qui montrent le peu d’harmonie entre les nouveaux bâtiments et les bâtiments historiques, la salle dite insonorisée pour les mariages toute en verre, comme les chambres.
Est-on vraiment en Provence avec ces alignements de baies vitrées, cette herbe haute et verte au milieu de l’été et ce ruban d’eau qui semble serpenter au milieu du jardin ?
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Les surfaces de parking semblent largement sous-estimées, 54 places « 1,5 par chambre autant pour le personnel que pour les visiteurs ». Beaumier oublie de préciser que sur les 9 chambres actuelles, 4 sont des gîtes offrant une capacité totale de 33 personnes, avec les 23 chambres supplémentaires, cela monte la capacité à 79 personnes. Il oublie de dire qu’il commercialise des événements et des mariages pour une jauge de 120 personnes. Il n’y a plus de Spa, mais y aura-t-il un restaurant ? Comment croire qu’un parking de 54 places sera suffisant ? Le corolaire de cette extension est donc bien la construction du parking attenant de 400 places par la Mairie (projet repoussé à après les élections).
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Le groupe Beaumier annonce comme caution écologique « une installation photovoltaïque sur les ombrières du parking = compensation de 33% des consommations des PAC ». Or ces ombrières photovoltaïques n’apparaissent pas sur les illustrations et maquette du projet ! D’autant que les zones parking sont divisées en 3 petits parkings : 39, 4, 11 places. Cette dispersion des parkings va totalement dénaturer la nature paysagère du parc historique, à plus forte raison si des ombrières y étaient installées.

La Vue Nord Ouest montre l'importance de l'emprise au sol du projet par rapport à la surface du cœur historique du village. Les parkings sont figurés sans les ombrières photovoltaïques annoncées. La représentation des hauteurs des nouveaux bâtiments apparaît sous-estimée au regard de celles de la bastide et du pigeonnier historiques.
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L’alimentation en eau potable questionne également ; un client d’hôtel standard consommant plus du double qu’une consommation domestique. La récupération des eaux de pluie affichée comme permettant « une réduction des consommations d’eau d’environ 17% » soulève quelques questions : parle-t-on d’eau potable ou d’eau d’arrosage ? Comment va se faire le stockage de cette eau de pluie qui est faible au moment de la saison touristique et varie considérablement d’une année à l’autre. Le Groupe Beaumier n’indique pas la quantité d’eau consommée par client sur le projet. Aucune mesure de la nappe phréatique n’a été effectuée par la Mairie et aujourd'hui non seulement la capacité de puisage est juste suffisante, mais des travaux importants doivent être réalisés pour régulariser la demande d'autorisation d'utilisation de l'eau du forage F2 destinée à la consommation humaine.
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Les impacts écologiques ne sont absolument pas mesurés : nombre d’arbres coupés, conséquences de la pollution lumineuse et sonore sur la faune riche et fragile de notre territoire, impact carbone total d’une clientèle majoritairement étrangère, artificialisation d’un terrain classé agricole.

Derrière ces sigles une réalité : ce projet, ce sera plus d’eau et d’énergie consommées, un terrain agricole transformé en terrain construit.
3 : « Il paraît imprudent et prématuré de transformer une zone agricole du Plan Local d’Urbanisme en zone urbanisable. » :
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Pourquoi faire le « cadeau » au Groupe Beaumier de rendre constructible le parc de 3 hectares situé dans la zone A (agricole) du PLU, sans contrepartie pour le village et ses habitants, car ce sont eux qui vont en subir les nuisances ?
Conclusion :
Il ne s’agit pas d’être contre le tourisme, mais de gérer l’existant et les projets déjà en cours de façon à protéger les habitants et de ce fait à garantir une activité à l’année aux commerçants et aux artisans.
Les emplois susceptibles d’être crées vont-ils être des emplois pérennes et vont-ils réellement faire travailler des habitants du village ? Si le village se vide, comment vont vivre les commerçants et les artisans hors saison ?
Il est nécessaire avant d’autoriser ce projet très important à l’échelle du village de mesurer son impact. Il est crucial de voir dans quelle direction veut aller le village et de réfléchir collectivement au développement d’une économie diversifiée. C’est la condition pour redynamiser une population d’habitants à l’année : à titre d’exemple la création d’une petite zone artisanale de qualité pourrait être créée en partenariat avec l’agglomération.
Dans ces conditions, Vivre à Lourmarin a entamé une réflexion sur les actions à entreprendre vis-à-vis de ce projet.
Nous avons besoin de votre soutien et de votre adhésion pour mener à bien ces actions.